Protocole de base – Terre de silence

 

Il s’agit d’une forme particulière de méditation, initiée par Danis Bois dans les années 1980. Guidée verbalement, elle ne cherche pas la transparence ou l’oubli du corps, mais vise à gagner en proximité avec ses sensations, à en saisir le sens, à être plus présent à soi et au monde.

Ce protocole constitue une trame pour se repérer, mais l’émergence prime et chaque jour propose un déroulement différent, apporte un nouvel enseignement.

 

Le contexte

La méditation, c’est d’abord un contexte, une mise en situation. Chacun choisit celle qui lui correspond le mieux, mais il est préférable d’être confortablement installé, de se sentir bien, afin de pouvoir se relâcher aisément. La position assise permet d’investir la verticalité tout en se relâchant.

La posture peut varier d’un jour à l’autre : certains jours, j’ai besoin de centrer mon attention et pour cela d’avoir les mains bien en appui sur les cuisses, de me pencher légèrement en avant ; d’autres jours à l’inverse, j’ai besoin d’ouvrir mon attention, trop concentrée par exemple, et je vais plutôt m’adosser confortablement en arrière.

Le silence est aussi un élément important; choisir au minimum un environnement calme et veiller si possible à ne pas être dérangé.

 

Un temps de décantation pour se déposer

La méditation commence par un sas de transition, où je me donne un petit temps pour quitter l’agitation du quotidien et me rendre disponible pour la méditation. Il s’agit de se relâcher, se ressentir, se rassembler.

Pour cela, je pose l’attention sur l’état de mon corps, mes appuis, la pesanteur, le relâchement musculaire, viscéral, etc. J’installe une disponibilité corporelle, socle de la stabilité de l’attention. Nous n’utilisons pas de mantra, la pensée se mobilise au service de la perception.

 

L’écoute

Une fois déposé et disponible, je pose mon attention sur le silence. Écouter le silence, c’est écouter là où, apparemment, il n’y a rien à entendre. Le silence est un miroir de l’écoute : il me révèle comment j’écoute, comment mon écoute influence l’environnement (le silence) et comment je me laisse influencer, toucher, renouveler par ce que j’écoute.

Il y a un dialogue entre le corps, la matière du corps, et le silence, chacun sensible aux variations de l’autre, créant un accordage entre moi et mon environnement.

 

La vision

Dans le même ordre d’idée, tout en gardant les yeux fermés, j’observe ce qui se révèle à mon regard (luminosité, couleurs, mouvement), mais aussi la qualité même de mon regard. J’essaie de ne pas avoir un regard focalisé, de gagner en profondeur de champ (comme si je regardais depuis l’intérieur jusqu’à l’horizon) et aussi d’avoir un regard plus panoramique, plus ouvert.

Là aussi, il y a une interaction, un dialogue entre ce que je vois et mon corps.

 

L’intériorité

Cette fois, je pose mon attention sur l’immobilité de mon corps. C’est une immobilité de repos, c’est-à-dire qu’elle n’est pas maintenue, pas verrouillée, mais que le corps reste simplement immobile parce que je n’ai aucune intention volontaire de mouvement. Au sein de cette immobilité physique, je perçois un ensemble de tonalités, de variations, de mouvements. Je prends contact avec ce qui m’anime intérieurement.

 

Evolution

L’attention est très active au début, je la guide et je l’oriente si nécessaire, jusqu’à ce que se construise une qualité de présence plus pleine. L’attention alors est à la fois ce qui déclenche ou favorise les sensations et ce qui capte, ce qui saisit les informations que délivre le corps. Puis, progressivement, la présence se déploie, offrant une sensation de plénitude corporelle, mais aussi psychique. Au fur et à mesure que je gagne en présence, l’attention ne précède plus les sensations, mais se laisse appeler par elles. L’attention reste stable, mais elle se fait plus panoramique, à la fois plus légère et plus affutée, saisissant les sensations, tonalités, mouvements, émotions et même pensées qui surgissent comme autant d’informations.

La présence offre alors un incomparable outil de relation au monde.