Jacques Hillion

Je suis Hillion, fils du Mor Bihan, là où la mer pénètre la terre, je suis croisement de la vague et de l’arbre. Mon père a chevauché l’océan sur des vaisseaux de fer, ma mère a cueilli les fruits de l’arbre. Je suis bleu, je suis vert, fils de la terre fécondée par la mer.

Je suis Hillion et une terre de Bretagne porte mon nom.

Je suis enfant des livres et mon esprit danse la ronde des mots. Quand ce monde-ci m’ennuie, je le quitte, je change d’univers, emprunte d’autres lieux, d’autres visions, d’autres pensées, d’autres histoires. Je suis le seigneur de la belle, je suis le pacifique contre le barrage et l’avant dernier des mohicans. Ici est trop petit pour mon esprit voyageur.

Terre et Mer, je suis homme et je suis femme.

Je suis la colère et la douceur, le roc et la marée.

Je suis le chien qui grogne et la main qui caresse.

Je suis le cœur, je suis le front.

Je suis un accoucheur de phrases. J’éparpille les mots, répand pluies noires sur papier de neige. Je fais danser des stylos funambules sur les traits pâles de cahiers anonymes.

Je raconte hier, révèle aujourd’hui et imagine demain. Parfois fidèle, jaloux du détail, plus souvent je transforme, j’enjolive. Le réel est mon maître et il est mon valet.

De très loin on m’appelle contre l’ignorance de soi et le vide de la page. Je contourne les obstacles, secoue les inerties. J’apprivoise les peurs. Je révèle les diables endormis et les anges volubiles.

Je suis un accoucheur de phrases. Je fais danser des stylos funambules sur les traits pâles de cahiers que l’on signe. Et vous tournez la page.

Parcelle du monde qui doute et qui avance, je porte une histoire qui est mienne et ne m’appartient pas.

La lumière s’invite dans le bleu de mon cœur, la vie coule dans mes os.

Au cœur de l’instant, j’écoute et je contemple.